Ogeretsu Tanaka : interview

Ogeretsu Tanaka, autrice de boys’ love, était de passage à Paris à Japan Expo 2026 pour rencontrer ses fans. Ses œuvres explorent les relations humaines avec sensibilité, alternant moments légers et thèmes plus profonds. Elle s’est imposée comme l’une des mangaka les plus talentueuses de ces dernières années.
Article écrit pour Journal du Japon
Ogeretsu Tanaka est une mangaka japonaise connue pour ses œuvres boys’ love (ou BL – romances homo-érotiques). Sa première rencontre avec le boys’ love se déroule dans la bibliothèque de sa mère où elle trouve Le Poème du Vent et des Arbres de Takemiya Keiko. Elle passe par la case doujinshi (NDLR : publication amateur, ici une parodie BL d’un anime) grâce à Kuroko no basket. C’est avec cela qu’elle a été repérée par un éditeur professionnel.
Ses débuts dans le milieu professionnel se font avec Yarichin ☆ Bitch Club (Taifu comics), un titre humoristique, mais qui peut devenir dérangeant ou très sérieux par moment. Elle s’est fait remarquer grâce à un style graphique expressif et à des récits qui mêlent romance, émotions et développement psychologique des personnages.
Yarichin ☆ Bitch Club est sans doute sa série la plus connue, elle a été adaptée en OAV (Original Animation Video). Lors de sa conférence à Japan Expo, elle a dit qu’elle connaissait la fin de la série, mais qu’il restait encore un peu de temps avant d’y arriver.

Au fil de sa carrière, elle a publié plusieurs séries et one shots salués par les lecteurs, parmi lesquels Love whispers, even in the rusted night, Escape Journey et Daisy Jealousy. Si nous avons eu ses œuvres principales, certaines restent inédites en France. L’adaptation en drama de sa série Happy of the End (GagaOOLala) a été particulièrement marquante.
Ses œuvres explorent souvent les relations humaines avec sensibilité, alternant moments légers et thèmes plus profonds, ce qui lui a permis de s’imposer comme une autrice de premier plan.
Lors de Japan Expo, ils ont mis les petits plats dans les grands avec une mini exposition sur le stand Taifu comics. Pendant que les fans attendaient pour les dédicaces, ils pouvaient profiter de l’exposition.

Il y avait aussi le pop store Blanc pur où vous pouviez acheter des goodies de ses séries. Clear file, acrylic stand, badges, pochettes et autres goodies étaient disponibles durant tout le week-end.
Elle est aussi apparue lors d’une conférence publique animée par Caroline Segarra. Pour garder son anonymat, elle portait un masque. La mangaka a pris beaucoup de plaisir à rencontrer ses fans tout au long du week-end.
Interview Ogeretsu Tanaka
Tanja : Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir mangaka, et quel a été le déclic qui vous a poussé à vous lancer dans cette carrière ?
Ogeretsu Tanaka : Déjà, il faut savoir que moi, je lisais des mangas depuis que j’étais toute petite donc c’est un rêve d’enfant.
Quels auteurs, artistes ou œuvres ont le plus influencé votre style de dessin et votre manière de raconter des histoires ?
J’en ai plusieurs effectivement. Il y a forcément Takemiya Keiko (Le Poème du Vent et des Arbres chez Naban, Destination Terra chez Akata), mais aussi Moto Hagio (Le clan des Poe, Cœur de Thomas chez Akata), Furuya Usamaru (Litchi hikari club chez Imho) et Oh! Great (Air Great chez Pika).
[NDLR : lors de la conférence publique, on apprendra que le premier manga considéré comme du proto boys’ love qu’elle lira dans la bibliothèque de sa mère fut Le Poème du Vent et des Arbres.]
Votre travail est souvent salué pour la profondeur émotionnelle de vos personnages. Comment construisez-vous leur personnalité et leur évolution ?
C’est ce qui est très important pour moi. Comme je fais du boys’ love, c’est tout l’aspect moe. J’aime créer des personnages qui sont un petit peu particuliers et qui peuvent provoquer ce moe par rapport aux lecteurs. J’aime vraiment avoir des personnes, des personnalités très différentes les unes des autres.

Comment expliquer le mot « moe » au public français ?
C’est vrai que le mot moe est un mot japonais qui n’est pas facile à transcrire. Ça ne veut pas forcément dire kawaii (mignon). Ça veut vraiment dire qu’il est tellement mignon, tellement adorable, que j’ai envie de mourir sur l’instant !
Entre rires et larmes
Vous avez créé d’un côté Happy of the end qui est très dark et de l’autre, Yarichin ☆ Bitch Club qui est, au contraire, complètement loufoque. Comment trouvez-vous l’équilibre entre les scènes légères, l’humour et les moments plus dramatiques dans vos récits ?
Oui, c’est tout à fait ça. Effectivement, moi, ce que j’aime vraiment écrire, ce sont des séries qui sont un peu plus sérieuses, un peu plus sombres, plus dures comme Happy of the end. Mais c’est vrai que si j’écris et dessine tout le temps ce genre de récit, au bout d’un moment, je sature. Donc je passe sur des séries qui sont un peu plus légères, un peu plus drôles comme notamment Yarichin ☆ Bitch Club. Inversement, je ne peux pas non plus faire tout le temps ce genre de titre parce que j’ai aussi envie de faire des choses plus sérieuses. Je me suis créée un équilibre entre les deux.
Vos œuvres abordent fréquemment les difficultés de communication et les blessures émotionnelles. Pourquoi ces thèmes vous tiennent-ils particulièrement à cœur ?
En fait, c’est juste parce que c’est quelque chose que j’apprécie personnellement. J’aime bien représenter des personnages qui ont un caractère assez sombre, assez travaillé ou qui aborde le thème de la violence. En fait, quand je pense à ce que je vais écrire, ce que je vais mettre en scène, c’est la première chose qui me vient en tête de façon instinctive.
Du manga au drama
Happy of the end a été adapté en drama, qu’en avez-vous pensé et avez-vous des anecdotes à son sujet ?
Bien évidemment, j’ai vu l’adaptation drama. J’étais même là lors du tournage, donc j’ai pu voir les acteurs et ce qui m’a beaucoup surprise, c’est vraiment qu’ils avaient de tout petits visages donc je n’arrivais pas à savoir s’ils étaient proches ou loin de moi. C’était comme si c’était en 2D tellement leur visage était petit. (rires)
Parmi toutes vos œuvres, laquelle occupe une place spéciale dans votre cœur, et pour quelles raisons ?
C’est vraiment difficile pour moi de décider. Mais il y a tout de même Escape Journey (Hana collection) et Happy of the end (Hana collection). Et concernant Escape Journey, il faut savoir que c’était vraiment très difficile à écrire surtout que c’était une période où j’étais encore étudiante. Je rentrais chez moi après les cours et j’écrivais. Ça me faisait tellement pleurer quand j’écrivais, que c’est resté un souvenir très marquant qui tient encore une place très importante dans mon cœur aujourd’hui.
Comment se déroule une journée type lorsque vous travaillez sur un nouveau chapitre ?
Ça dépend vraiment beaucoup de mes journées. Mais personnellement, j’aime beaucoup travailler la nuit. Ce que je fais souvent, c’est que je travaille de 22 h jusqu’à 9 h du matin. Après, je me couche et je me réveille à 18 h. J’ai un peu le rythme de vie d’un vampire.


Quels sont les aspects de votre métier que vous trouvez les plus stimulants, et lesquels représentent les plus grands défis ?
J’aime vraiment pouvoir écrire mes émotions et les transmettre. Il y a beaucoup de choses qu’avant, je n’arrivais pas à exprimer à travers mes dessins. Je me rends compte que désormais, petit à petit, j’y arrive. Ça me motive à continuer à vraiment pouvoir écrire ce que j’ai dans la tête. De plus en plus, je peux dessiner ce que j’ai dans dans ma tête et le transmettre. C’est vraiment un challenge de tous les jours. C’est ce qui me stimule et me motive à continuer.
Ogeretsu Tanaka a visité Paris et le Mont Saint-Michel
Qu’est-ce que vous avez aimé en France ou ce qui vous a surprise ?
Il faut savoir que je suis arrivée en France hier [NDLR : l’interview se déroule le vendredi 10 juillet 2026]. Et je n’ai pas encore eu le temps de faire beaucoup de visites à Paris ou autre. Je trouve que les bâtiments sont vraiment très jolis et que la nourriture est très bonne.
En ce qui concerne mes fans que j’ai pu rencontrer tout à l’heure pour les dédicaces, j’ai senti vraiment beaucoup de passion. Il y a des gens qui ont pleuré, des gens qui ont essayé de me parler un petit peu en japonais. Ça m’a fait très plaisir.
Je me suis rendu compte qu’il y avait vraiment des personnes qui me lisaient et qui s’intéressaient à mon travail. Je suis très touchée.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser à vos lecteurs francophones, qui suivent et apprécient vos œuvres depuis de nombreuses années ?
Merci à tous mes fans de me lire. J’espère que vous continuerez. De mon côté, je vais écrire plein, plein, plein de boys’ love. Alors continuez à me suivre ! Merci beaucoup à vous tous !
Merci à vous pour cette interview.
Journal du Japon remercie Ogeretsu Tanaka, son staff, SEFA et l’interprète de cet entretien.